Comprendre la crise haïtienne : 1804, une révolution inachevée
La crise à laquelle fait face Haïti comporte une dimension historique qui remonte à l’indépendance du pays, et que nous qualifions de « crise de la politique ». Cette dernière comporte l’idée de crise de la représentation politique, dont la principale caractéristique est la contestation de la légitimité des gouvernants par les citoyens, qui se sentent mal représentés. Les grandes mobilisations populaires en Haïti, au cours des 15 dernières années, le faible taux de participation aux élections (entre 2010 et 2017 : entre 18 à 30%), la désacralisation (ou banalisation) du pouvoir, sont autant de manifestations de cette crise de la politique en Haïti. Cette dernière plonge ses racines dans l’attitude historique de mépris de l’État et des classes dominantes face aux revendications des couches défavorisées. La négation historique de leurs droits fondamentaux par les élites dirigeantes porte les masses populaires à s’inscrire dans une logique de révolution permanente, c’est-à-dire, une révolution qui ne peut s’arrêter tant qu’elle n’aura pas atteint ses objectifs.
En effet, les causes fondamentales de l’insurrection du 22 août 1791, qui a abouti, 13 ans plus tard, à la proclamation de l’indépendance, étaient liées essentiellement aux conditions d’existence des esclaves : conditions de travail dans les plantations, horaire du travail, droit au congé, mauvais traitements, accession à la propriété du sol, etc. Conscients de la nécessité politique d’apporter des modifications importantes dans les conditions matérielles d’existence des esclaves, les commissaires français avaient pris, dès le mois de mai 1793, un ensemble de mesures en leur faveur : meilleure nourriture, des vêtements suffisants, suspension des punitions arbitraires et cruels, interdiction de la peine de mort pour cause de marronanage, etc.
La période allant de 1804 à aujourd’hui montre, cependant, un mépris presque total de l’État vis-à-vis des revendications et des aspirations des citoyens haïtiens. Les élites dirigeantes n’ont jamais fait des besoins fondamentaux de la population haïtienne leurs préoccupations premières. Les turbulences politiques et les insurrections populaires qui ont caractérisé les deux siècles d’existence d’Haïti, en tant qu’État indépendant, sont révélateurs d’une crise durable, permanente, de la politique en Haïti et traduisent le refus constant de la population d’accepter la négation de leurs droits fondamentaux par les élites dirigeantes. Ces turbulences politiques montrent que les promesses de la révolution de 1791-1804 n’ont pas été tenues. La révolution de 1791-1804 apparaît alors comme une révolution inachevée puisque les promesses qui fondaient sa légitimité, celles du droit de tous les citoyens de vivre dans la dignité, de pouvoir subvenir à leurs besoins fondamentaux, comme celui de se nourrir, de se loger, de se faire soigner en cas de maladie, etc., n’ont pas suivi la liberté arrachée aux colons en 1804. En Haïti, les élites dirigeantes n’ont jamais travaillé sérieusement à créer une société juste, à protéger les intérêts et les droits des plus faibles, ce qui favorise l’émergence d’une formation sociale marquée par les inégalités sociales, l’instabilité politique permanente, la violence et la pauvreté, les couches populaires n’ayant jamais accepté le système d’exclusion mis en place par les classes dominantes et dirigeantes. D’où, une contradiction irréductible entre les préoccupations des classes dirigeantes et celles de la majorité des citoyens.
Le Forum pour la Refondation de la Société haïtienne (FRESH) croit que, pour mettre fin à cette crise de la politique, génératrice de crises politiques, dans le pays, il faut refonder l’État sur la base d’une révolution sociale et économique, qui complètera celle de 1791-1804, en plaçant au premier plan les besoins fondamentaux du peuple : entre autres, alimentation, logement, santé, éducation, dignité de l’homme, droit à la vie.
Le Forum pour la Refondation de la Société haïtienne (FRESH) croit que, pour mettre fin à cette crise de la politique, génératrice de crises politiques, dans le pays, il faut refonder l’État sur la base d’une révolution sociale et économique, qui complètera celle de 1791-1804, en plaçant au premier plan les besoins fondamentaux du peuple : entre autres, alimentation, logement, santé, éducation, dignité de l’homme, droit à la vie.